mardi 29 janvier 2013

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FF ISSY – « Se plaindre c’est facile, trouver des solutions ça l’est moins. »

Chargée de communication du FF Issy depuis 4 ans, Mary-Judith Naze Azaïs ne s’est pas défilée lorsque nous lui avons demandée de parler de son club, une première pour elle dans ce rôle. Une interview à son image : franche et sans concession.

Mary-Judith, vous êtes au club depuis 4 saisons, passée par toutes les équipes séniors du club, avec plusieurs matchs de Division 2 à votre actif et référente communication au club depuis plusieurs années, vous connaissez, en toute discrétion, les joueuses, le staff technique, les dirigeants et les bénévoles, vous semblez donc une des mieux placées pour répondre aux questions et paradoxalement c’est la 1ère fois que vous le faites, alors que vous êtes quelque part une sorte de porte parole du FF Issy. Pourquoi ?

(Rires) La D2 quand même vous auriez pu oublier, c’est anecdotique ! (soupir) Bref. Pour moi, ce qui intéresse les journalistes au sujet de FF Issy sont les déclarations des joueuses et du coach de la D1 mais pas les miennes. Voilà pourquoi je préfère vous orienter vers les joueuses en général.

Pourquoi sortir de votre réserve aujourd’hui ?

Actuellement le club est en pleine mutation, avec un nouveau Comité Directeur, des nouveaux coachs pour nos équipes de D1 et de PH. Il y a des arrivées et des départs en équipe A. C’est donc une phase de transition, qui doit être digérée. L’objectif premier des filles de la A c’est de jouer et de se maintenir parmi l’élite. Les questions médiatiques sont à mettre au 2nd plan. L’important c’est vraiment que le groupe se retrouve, retrouve ses automatismes, sa dynamique collective, s’adapte aux méthodes de travail de Nicolas Gonfalone, le nouveau technicien, et se focalisent sur cette 2ème partie de saison. Pour autant les journalistes ont besoin de réponses, voilà pourquoi je réponds aujourd’hui. Vous êtes un média spécialiste du sport féminin, il n’y avait aucune raison de ne pas accéder à votre demande. Les médias n’ont pas à ressentir les effets collatéraux d’une restructuration interne. Le FF Issy est une association soutenue par des institutions publiques, la ville d’Issy-les-Moulineaux et GPSO, elle fait donc parti du domaine public. Communiquer est un devoir et c’est affiché une totale transparence. Il y a eu des critiques dans la presse. Certains propos sont justifiés, d’autres recevables mais il y a également des affirmations fausses. Il y a une nécessité de répondre.

Avez-vous un intérêt personnel à parler aujourd’hui ou c’est plus le cœur qui vous pousse ?

Absolument aucun intérêt personnel. Au contraire ! Je m’expose aux critiques et attaques. Mes propos n’engagent que moi, je les assumerai. Je parle parce que j’aime ce club et ses aspirations. Trop de personnes s’investissent pour que j’en laisse d’autres dénigrer tout ce travail, sans rétablir la vérité. Oui, des erreurs ont été commises. Vous voulez un scoop ? Il y en aura d’autres. D’autres erreurs, mauvais choix,… Que celui qui peut se vanter de n’avoir jamais mal fait se lève et donne un cours magistral sur l’Art d’agir sans faute. Personne, pas même Gandhi ou Luther King, n’a eu une vie vertueuse du début à la fin. Nous sommes tous perfectibles, il faut donc faire preuve de tolérance.

« L’important est de ne pas se mentir »

Les déclarations de David Remisse et Islay Tait sont-elles à rejeter en bloc ?

Tout rejeter en bloc serait une erreur. L’élite est une découverte, et les exigences qui en résultent sont nombreuses et complexes. Rien n’est parfait. L’important est de ne pas se mentir, d’être à l’écoute, de prendre en considération les avis. Mais il faut aussi que ceux qui critiquent le fassent de manière constructive, avec une alternative réaliste. Se plaindre c’est facile, trouver des solutions ça l’est moins.

Islay Tait sous-entend que certains membres du Comité Directeur, comme Gilles Gerbel, sont quasi dictatoriaux dans leur manière de gérer le club, voulant avoir la main sur tout. Qu’en est-il ?

Un investissement intensif est soit un engagement associatif plein d’abnégation soit une soif de pouvoir immodérée. Jusqu’ici les limites de chaque fonctions n’étaient pas claires, depuis le début d’année les missions de chacun et chacune s’affinent, et chaque poste trouve un référent. Désormais chacun va pouvoir se consacrer à son rôle. Mais comme partout, certains ont pour unique leitmotiv le pouvoir et la gloire. C’est le revers de la médaille d’une discipline en pleine évolution qui connaît une médiatisation et un intérêt général croissant. Mais on parle de football féminin… aussi beau et attractif soit-il, il faut rester humble car il n’est rien à l’échelle du football global ou du sport féminin en général.

« Officiellement, Bruno Bini n’a pas émis d’avis »

David Remisse déclare avoir reçu le soutien de Bruno Bini, cela sonne-t-il comme un désaveu ?

Officiellement Bruno Bini n’a pas tenu à s’exprimer sur le sujet. Je m’en tiens donc à la version officielle : il n’a pas émis d’avis.

Vous allez très bientôt le rencontrer, ainsi que les joueuses de l’Equipe de France. Allez-vous en parler ?

Les raisons de ma rencontre avec le sélectionneur de l’Equipe de France Féminine et son groupe sont déconnectées de mes fonctions au sein du FF Issy. Dans la vie, il est très important de ne pas tout mélanger. Vie professionnelle, vie sportive, vie associative et bien évidemment vie privée, doivent être clairement distinctes et hermétiquement séparées. De moi-même, je n’aborderai pas le sujet.

Quelle est votre avis sur l’éviction de David Remisse ?

David a fait monter l’équipe A de la DH à la D1. Pour moi, il était impensable de ne pas le conserver pour les débuts en D1. C’était une reconnaissance de son travail. Le maintien parmi l’élite est l’objectif. Il s’est vu adjoindre une équipe complète pour lui donner les conditions optimales de travail, favorisant l’atteinte de ce but, avec préparateur physique, ostéo, entraineur des gardiennes, responsable logistique ainsi que la présence d’un directeur technique, Jean-Claude Daix, qui a connu le haut-niveau à Juvisy. Le recrutement a été intensif, avec des joueuses ayant connu le haut et le très haut-niveau. Mais le bilan à mi-saison est sans appel. Il n’est pas le premier et ne sera pas le dernier qui aura fait un travail formidable et qui connaitra, du jour au lendemain, la désillusion de ne plus réussir à faire ressortir le meilleur de son collectif ni à trouver des solutions. Son limogeage aurait été choquant si l’équipe avait un classement répondant à l’aspiration de maintien.

Pour moi, sur un plan sportif et managérial, le choix de se séparer de lui est justifié. Par contre, le fait que d’autres considérations, aient été prises en compte par le Comité Directeur dans sa réflexion de se séparer de l’entraineur… je désapprouve. Seul le sportif doit être étudié. Pour moi c’est le coach qui devait être évalué et licencié, mais en aucun David Remisse en tant qu’homme. Personne ne peut remettre en question ses qualités humaines. A mes yeux, il n’était plus l’homme de la situation pour l’équipe de D1. Mais j’espère qu’il retrouvera vite un banc et montrera à nouveau l’étendue de son talent. De nombreux entraineurs réussissent à la tête d’une équipe, puis connaissent un coup d’arrêt, sont remerciés et rebondissent ailleurs. En L1 comme en National. Cela fait partie du football. C’est pareil en entreprise, quand on ne remplit plus les exigences, on est remercié. C’est valable pour tout le monde. Même pour les joueuses,… même pour le Comité Directeur.

« L’attitude d’Islay Tait n’est pas professionnelle »

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la décision d’Islay Tait d’arrêter le football, en grande partie à cause du départ de David Remisse ?

Ce n’est pas une attitude professionnelle, mais c’est son choix. Est-ce qu’elle serait prête à donner sa démission du jour au lendemain, à son entreprise, pour les mêmes raisons ? Le football de haut-niveau est à rapprocher de la vie professionnelle ordinaire, car les exigences sont les mêmes. Les salaires ne sont, certes, pas aussi intéressants, mais certaines en vivent déjà, et les autres ont un revenu régulier. Cela induit une exigence. C’est une histoire d’état d’esprit. On ne choisit pas son patron, on ne décide pas à la place des dirigeants de son entreprise et on respecte les « guide lines ».

Cela ne vous semble pas étrange de tirer un trait comme ça sur une carrière au plus haut niveau du foot, juste parce que son entraineur s’en va ?

Leur relation dépassait le cadre du foot. Et le départ de David fragilisait sa position de joueuse en D1.

Islay évoluait jusqu’alors dans une position offensive, pourtant elle n’a joué qu’en défense cette saison, alors même que vous aviez des défenseures de formation sur le banc ou dans les tribunes…

Vous avez tout dit. Un recrutement prolixe en attaque et au milieu, des joueuses ayant connu la D1 auparavant, voire des sélections en bleu : difficile de faire le poids. David l’a installé à ce poste, mais y être maintenue sans lui, était plus incertain. Elle a arrêté sa carrière au plus haut de ce qu’elle pouvait connaître. Elle sort par la grande porte. Sur ce point, je ne peux que saluer sa rationalité et son intelligence.

« Le FF Issy existait avant David Remisse et continuera à vivre après lui. »

Que doit le FF Issy à David Remisse ?

Le FF Issy lui doit beaucoup de chose et il doit beaucoup au FF Issy. C’est une relation bilatérale. Le FF Issy ce n’est pas David Remisse. Il est né avant lui, et continuera d’exister en son absence. Le FF Issy est la somme de chaque personne qui évolue en son sein. Si les joueuses des équipes B, C, de Futsal, si les petites et leurs parents, ne venaient pas aux matchs pour assurer la sécurité, ramasser les ballons, tenir la buvette, la billetterie, …, et répondre aux exigences de la FFF, les matchs de D1 n’auraient pas lieu. Le staff et l’équipe de D1 sont la partie visible de l’iceberg, mais il y a beaucoup de personnes qui œuvrent en coulisse sans qui, rien ne serait possible. Et c’est une chose que beaucoup de personnes oublient. Il faut aussi clarifier un autre point : Christine Aubère n’est pas là où elle en est grâce à David Remisse. Elle a été joueuse de football, elle a connu l’élite avec le PSG, sa présence dans ce milieu est bien antérieure à celle de David, et elle a une légitimité incontestable. C’est une personne qui compte pour le football féminin, faisant partie des pionnières. Sa prise de fonction en tant que présidente, elle le doit uniquement aux votes des adhérents au FF Issy, par voie démocratique. Elle n’a pas été intronisée par David Remisse, mais élue par les membres du FF Issy.

Savez-vous dans quelles conditions Nicolas Gonfalone a été nommé entraîneur ?

Je n’ai pas été dans la confidence, et n’ai pas cherché à l’être. Je n’avais pas à être impliquée dans le processus de recrutement. Je connaissais le nom de l’entraîneur avant son officialisation, c’est tout. Il y a des personnes au sein du club parfaitement habilitées à prendre ce type de décision. Leur choix est Nicolas Gonfalone. Il est titulaire du DEF, donc qualifié pour entraîner une équipe de 1ère Division Féminine. Je ne vois rien à redire. Il présente l’avantage de ne pas être dans le « milieu », donc ne souffre d’aucun à priori sur telle ou telle personne. Egalité parfaite, le terrain sera donc le seul critère de jugement pour les joueuses. Je ne vois pas comment cela ne pourrait pas les satisfaire: être uniquement jugée sur leurs compétences et leur motivation.

On a entendu beaucoup de choses à propos du FF Issy : manipulation, mensonge, égo surdimensionnée, individualisme, insultes, copinage… Qu’est-ce qui est vrai et ne l’est pas ?

Les histoires, c’est le dénominateur commun de tout lieu qui rassemble les gens. Vous ne trouverez pas un seul pan de notre société qui ne soit pas victime de cette loi, à fortiori, dans un contexte de compétitivité. J’avais un entraineur de handball, Jacques Taillefer (ndlr : ancien vice-président de la FFHB) qui disait toujours « Le handball est un sport individuel qui se joue collectivement ». Cet adage est applicable pour le football. On ne va pas se mentir. Il faut d’abord être exigent et performant individuellement pour pouvoir apporter au collectif. Ce qui induit également de se remettre en question. C’est effectivement quelque chose qui n’est pas systématique chez certaines joueuses, voire complètement absent. Etre individualiste a du bon si au final les responsabilités sont prises, cela ne peut pas être que strass et paillettes sans contenu derrière. Je ne connais pas la recette miracle pour faire que l’individualisme soit systématiquement positif et serve le collectif. C’est un travail très personnel, et si on ne veut pas l’entreprendre, personne ne pourra le faire à notre place. Pour ce qui est de la manipulation et du mensonge, c’est vrai, cela a existé et cela perdure sans doute encore. Il y a toujours des personnes qui essayent de prendre l’ascendant sur les autres pour leur intérêt personnel. Je me souviens d’une cabale, il y a deux ans, venue du vestiaire, justement pour que David Remisse, déjà coach à l’époque, soit démis de ses fonctions. Au FF Issy les maillots, les survêtements et les parkas ont été très longtemps réversibles, (rires)…et à l’infini. La montée en D1 en a retourné plus d’une dans le bon sens pour le technicien en place, alors même qu’il était persona non grata quelques mois plus tôt. Bref, avec l’arrivée de ce nouveau coach qui n’a pas de passif avec les joueuses, elles vont repartir sur un même pied d’égalité. Il ne tient qu’à elles de gagner leur place désormais, à force de travail et de détermination. On repart de zéro, la copie est blanche, à chacun d’y inscrire, à nouveau, les plus belles heures du FF Issy. Mais pour répondre à votre question : tout ce que vous avez énoncé existait bel et bien en A et ailleurs, mais ça va changer. J’ai l’impression qu’il n’y a que chez les jeunes que le plaisir de jouer ensemble au football est réellement présent sans faux semblant.

Quelle est votre vision de la situation ?

Pour moi, le club ne peut pas et ne doit pas tout accepter sans broncher. Personne ne fait la loi et personne n’a droit à l’impunité, ni les joueuses, ni les coaches, ni les bénévoles, pas même le Comité Directeur. Chacun a un rôle à tenir et n’a pas à se mêler du reste. Le foot féminin, le sport, se sont des valeurs que nous nous devons de préserver intactes et de diffuser à tous les niveaux. Voilà le seul intérêt supérieur. Rien ne justifiera jamais de les renier ou de les enterrer pour tout autre chose. Nous sommes là pour donner le meilleur de nous-même sur le terrain, en respectant les choix tactique de l’entraîneur. C’est tout. Un coach n’alignera jamais une équipe qui fera l’unanimité, car certaines joueuses écartées refusent d’accepter le fait qu’elles n’ont pas le niveau. Et au lieu de repousser encore plus leurs limites à l’entraînement, elles cherchent à soulever le vestiaire. Je vais être honnête, je suis une joueuse faible, rarement sélectionnée, mais je ne dois m’en prendre qu’à moi-même. C’est de ma responsabilité d’apporter quelque chose de plus à l’équipe pour mériter d’être sur la feuille de match, le coach n’y est pour rien. Il préférerait sûrement s’arracher les cheveux à cause de trop de possibilités ! (rires)

Dans son interview au Parisien, Islay Tait explique qu’elle a peur qu’une descente en D2 ne signe la mort du club, citant les exemples de Saint-Maur et Bagneux. Pensez-vous que cela peut arriver à Issy ?

Tout peut arriver. Si le club descend en D2, beaucoup de filles partiront. Pour certaines, j’ai même envie de dire que si le club reste en D1, je leurs souhaite quand même d’en intégrer un autre, un des très grands, Paris, Lyon, Montpellier, parce qu’elles ont le talent pour évoluer au plus haut-niveau. Mais oui, si le club descend, le maintien en D2 sera compliqué. Nous verrons alors l’âme véritable du club, sa capacité à rebondir et les réelles motivations de chacun.

Dominique Steinberger (ex-entraîneur de Vendenheim) déclare : « Si on laisse le football féminin en proie au copinage, à ces gens là, c’est la mort de notre sport. Si on laisse le football féminin aux femmes, il est mort. ». Quelle est votre réaction ?

Il y a des personnes mal intentionnées partout dans le foot. La jalousie, les copinages, …, sont une réalité, qu’on ne doit pas laisser s’édicter en loi. Mais faire une distinction de genre induisant des capacités ou incapacités supposées par cette simple donnée génétique me semble aberrant. Etre un homme vous met-il à l’abri de céder au péché d’orgueil ou d’envie ? Non, c’est ridicule. Ce qu’il faut, ce sont des personnes intègres, franches, travailleuses, humbles et compétentes. Le football féminin est dans une phase de changements qui ne peut évidemment pas se faire sans heurt ni mécontentement. Homme ou femme, peu importe, seul compte l’éthique et le professionnalisme.

Pour finir, votre position au sein du club pourrait-elle être fragilisée par vos propos d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas. Si le FF Issy ne veut plus que je m’implique, je ne m’impliquerai plus. Mais la liberté d’expression est un droit inaliénable… Cependant je m’exprime avec respect et si d’aventure il devait y avoir des conséquences, je découvrirais juste que le FF Issy n’est pas ce que je pensais, et n’a pas l’éthique que j’espérais, ainsi, je partirai sans état d’âme.

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