mardi 23 octobre 2012

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Bompastor, beaucoup de bruit pour rien ?

Sonia Bompastor

Non, l’équipe de France de football féminin n’évolue pas dans un monde où tout est rose. La non-sélection de Sonia Bompastor pour les matches amicaux face à l’Angleterre (2-2) et les Pays-Bas, mercredi, a provoqué un mini-séisme et mis en lumière quelques dissension dans un groupe qu’on pensait à l’abri de ce genre de crise. Si la joueuse s’est beaucoup exprimée sur cette affaire, Bruno Bini, lui, a préféré rester discret. Décryptage d’une polémique avec certaines joueuses et un journaliste qui suit les Bleues depuis trois ans.

L’absence de Sonia Bompastor de la dernière liste de Burno Bini pour les deux matches amicaux contre l’Angleterre (2-2) samedi soir à Charléty, puis les Pays-Bas mercredi à Eindhoven, a fait beaucoup de bruit. Jean-Michel Aulas, le président de l’OL a été le premier à dégainer, expliquant qu’il ne comprenait pas la non-convocation de sa joueuse et annonçant qu’il allait se « renseigne (r) pour savoir s’il y a au sein de l’équipe de France un certain nombre de critères qu’(il) ne connai(t) pas ».

La semaine passée, c’est Sonia Bompastor, elle-même qui est montée au créneau. Le site officiel de l’Olympique Lyonnais, son club, la Nouvelle-République, Une-deux.net… La latérale gauche de l’équipe de France (156 sélections, 19 buts) et de l’OL, s’est offert une vraie campagne médiatique pour dénoncer l’injustice dont elle pense être victime. « Depuis quelques jours, on parle beaucoup de moi. J’aurais préféré être un plus discrète mais je crois que les gens ont besoin de comprendre pourquoi je n’ai pas été sélectionnée, a-t-elle ainsi estimé sur le site internet de l’OL. Je tenais à préciser que je n’ai pas décidé de mettre un terme à ma carrière internationale. Le sélectionneur ne m’a pas convoquée et je n’ai pas eu d’explication concernant ce choix », a regretté la Lyonnaise.

« Elle a presque atteint le point de non-retour »

Sur un plan sportif la mise à l’écart de Bompastor peut en effet surprendre. A 32 ans, la capitaine de l’OL est encore l’une des toutes meilleures françaises à son poste. Pourquoi Bruno Bini a-t-il donc décidé de se passer d’une de ses cadres ? Pour la Lyonnaise qui n’a plus porté le maillot bleu depuis le match pour le médaille de bronze des JO contre le Canada (0-1) et qui aurait aimé avoir une explication de la part du sélectionneur, cette éviction découlerait d’une discussion qu’elle a eu avec lui lors du précédent rassemblement le mois dernier. « Il y a bien eu un entretien, mais il s’est très bien passé. Il n’y a pas eu de clash, a assuré Bompastor dans son interview accordée à la Nouvelle République. A aucun moment, ni lui ni moi n’avons haussé le ton. La discussion était très intéressante. Nous avions d’ailleurs le même point de vue sur certaines choses », a t-elle ajouté. Pourtant, à la suite de cette entrevue, les choses auraient basculé. « Après la réunion, il n’a plus eu que de l’ignorance envers moi. Dans ses regards et dans la parole, il n’y avait plus rien du tout ! Le jour où il ne m’a pas retenue, il n’a pas eu l’idée de me passer un coup de fil. Pour quelqu’un qui dit avoir des valeurs humaines, sur ce coup-là, il en a manqué. De mon côté, le matin quand je me lève, je peux me regarder dans une glace », a dûrement attaqué Bompastor qui certifie sur Une-deux.net qu’elle n’a « pas dépassé les bornes, ni été insultante ».

Ancien journaliste à Onze Mondial, Harry Couvin a commencé à suivre l’équipe de France féminine après l’Euro 2009. Il voit avant tout de la « frustration » dans les propos et l’attitude de Sonia Bompastor. « Tout le monde connait ses qualités de compétitrice. Elle est toujours à 300%, nous a-t-il confié. Je comprends son envie de jouer d’autant qu’à Lyon, elle est dopée à la victoire car son équipe gagne tout le temps. Elle devait être un peu déçue après les JO car la troisième place était à leur portée. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans le groupe, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure façon de l’exprimer. Elle a presque atteint un point de non-retour. Selon moi, elle aurait dû tenir sa langue et essayer de regagner sa place. Certes c’était une taulière, mais pour combien de temps encore ? », s’interroge le journaliste.

« La sélection, ce n’est pas la garderie »

Pour Harry Couvin, Bruno Bini a eu raison de ne pas se justifier et de ne pas alimenter la polémique en restant discret sur le sujet toute la semaine. « Le sélectionneur est un personnage atypique avec ce que cela comporte de risque. Tant qu’il gagne, ça va. Mais le jour où cela ne sera plus le cas, ce sera plus compliqué. Son travail est cohérent, il a toujours privilégié le groupe contre vents et marées ». Et le journaliste d’apporter une précision : « Ce qui est compliqué dans ce groupe, c’est qu’elles sont ensemble depuis longtemps, c’est une famille. Ainsi, dès qu’il manque quelqu’un cela pose problème. Mais c’est la loi du football. C’est compliqué de faire des choix et pour les filles, il est souvent difficile de comprendre les décisions du coach. Mais la sélection, ce n’est pas la garderie. Il ne faut pas oublier que c’est lui le patron et qu’il n’a pas à se justifier ».

« Personne n’est indispensable »

Samedi soir, après la rencontre face à l’Angleterre où les Bleues ont été mené 2-0 avant de revenir au score et d’arracher le nul, nous sommes allés à la rencontre des joueuses pour savoir comment elles avaient vécu l’éviction d’un élément cadre du groupe. Toutes s’accordent sur un point : « Personne n’est indispensable ». « Le coach fait ses choix, il nous a expliqué qu’il n’avait pas à se justifier, donc ça reste pour lui, a déclaré l’attaquant Eugénie Le Sommer. Quand on est à l’entraînement, on fait avec les joueuses que l’on a. Moi je connais bien Sonia, à Lyon ça se passe bien, mais c’est comme ça. Il y a d’autres joueuses qui n’ont pas été sélectionnées non plus et on ne peut rien faire c’est le coach qui décide ».

Laura Georges et Marie-Laure Delie, double buteuse face aux Anglaises, assurent que le groupe n’a pas été perturbé par cette polémique. « Elle n’est pas dans le groupe, ça s’est remarqué, on en a discuté, a rapporté la première. Maintenant, nous sommes professionnelles, ce qui importe c’est le jeu. Il faut se mobiliser avant tout sur le terrain. S’il doit y avoir des explications, ce n’est pas à nous d’y réfléchir, c’est plutôt entre la joueuse et le sélectionneur. Sonia est ma coéquipière à l’Olympique Lyonnais je connais ses qualités, c’est indéniable. Moi je suis joueuse, l’entraîneur a fait ses choix et c’est comme ça. J’espère que les choses pourront bien se goupiller et qu’il n’y aura pas d’incident dans la presse. Le plus important c’est que les choses se passent bien sur le terrain, après ce qui se passe en dehors, ça nous dépasse », a précisé Georges. « On a mis les choses au clair. On a communiqué, ce soir (samedi) on a eu un état d’esprit pour revenir. On est un groupe. Sonia n’est pas là aujourd’hui, peut-être qu’elle sera là au prochain stage, ce n’est pas définitif. C‘est le choix du coach, nous on le respecte, on est juste les joueuses », estime quant à elle Délie.

Laure Boulleau, la relève

Coéquipière de Sonia Bompastor à Lyon, Corine Franco, qui occupe le flan droit de la défense en équipe de France est aussi restée sur la réserve. « On a essayé que ça perturbe le groupe le moins possible. D’être ensemble, de bien vivre. On essaye de ne pas trop s’attarder sur ce qu’on entend ou ce qu’on peut lire à côté. Là c’est Sonia, mais ça peut être moi, ça peut-être n’importe qui. C’est un sport collectif. Je suis une joueuse, donc je reste à ma place de joueuse », a-t-elle conclu. Et Laura Georges de reprendre. « On a d’autres joueuses, donc c’est une autre fraîcheur  ce sont d’autres personnalités  On est enrichi par d’autres joueuses, d’autres jeunes. Dire que Sonia a manqué, ce serait aussi dire que celles qui sont là sont effacées. Le groupe vit différemment ». D’autres joueuses parmi lesquelles Laure Boulleau, titulaire depuis trois matches à la place de Sonia Bompastor. « Si Laure Boulleau fait du bon travail et qu’elle réalise un bon Euro, on dira que Bruno a eu raison, argumente Harry Couvin. A l’inverse… C’est le rôle de l’entraîneur. Je trouve qu’on fait grand bruit d’une affaire qui se pose tous les jours chez les garçons. Le rôle de Bruno est d’amener son équipe le plus loin possible lors du prochain Euro ». Si l’on en croit Laura Georges qui évolue en défense aux côtés de Laure Boulleau, pour le moment, les Bleues n’ont pas perdu au change. Contre l’Angleterre « ça s’est bien passé avec Laure. C’est la relève, assure Georges. Sonia est une joueuse de qualité mais il y a des choix qui sont fait, Laure est là, c’est une bonne joueuse et c’est bien qu’elle puisse être dans le groupe, jouer et montrer ses qualités ». Quant à Bruno Bini, s’il a sans doute été affecté par cette polémique, il n’en a pas laissé paraître grand chose. Tout juste s’est-il fendu d’une phrase, samedi soir, après la rencontre face aux Anglaises, qui résume parfaitement son état d’esprit. « Malgré tout ce que j’ai pu entendre ou lire, ce groupe est solidaire et a de la ressource ». Le groupe, toujours.

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