samedi 31 janvier 2015

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Pénélope Leprevost : « J’essaie d’être très à l’écoute des chevaux »

Avant sa victoire à Zurich la semaine passée, Pénélope Leprevost nous a accordé quelques instants pour répondre à nos questions. Emploi du temps, choix de carrière, place des femmes et vie de famille sont au programme.

En décembre dernier, votre étalon fétiche, Mylord Carthago avec lequel vous vous êtes hissé au plus haut niveau, a pris sa retraite. Comment vit-on la séparation après des années avec un cheval ?

Mylord représente très clairement le point de départ de ma réussite. C’est le cheval de ma vie, mon cheval de cœur, celui avec qui j’ai sauté mes premières plus belles échéances. Jusqu’à cette année, les plus grands souvenirs de ma carrière de cavalière, c’est avec lui que je les avais vécus ! En plus de tout ça, c’est un fantastique coéquipier, qui a toujours envie de bien faire, de partager avec son cavalier. Alors cette « fin d’histoire », on s’y prépare, on sait que ça va devoir arriver, mais bien sur on a toujours le cœur gros lorsqu’il faut prendre « la » décision. Une nouvelle page s’ouvre en ce qui concerne le sport, et j’ai la chance d’avoir plusieurs chevaux d’exception dans mes écuries, mais celle de mon histoire avec Mylord n’est pas prête d’être tournée. C’est d’ailleurs pour cela que je me réjouis qu’entre chaque période de monte, il revienne dans mes écuries.

Il va donc falloir trouver un « nouveau partenaire. » Comment sélectionnez-vous votre monture ? Comment mettez-vous au point son entrainement ?

J’ai la chance d’avoir des propriétaires qui me soutiennent et d’avoir plusieurs chevaux de très haut niveau dans mes écuries, que je forme déjà depuis plusieurs années.

Comment anticipez-vous le calendrier de la saison et les progrès à venir avec des chevaux de haut niveau ?

C’est au cas par cas. En fonction de chaque cheval, de sa forme, de ses préférences, de sa marge et de sa vitesse de progression. Rien n’est écrit et j’essaie vraiment de m’adapter à chaque cheval.

Comment se compose votre entrainement à vous, physiquement et mentalement ?

Je suis en concours toutes les fins de semaines, et dans mes écuries au lundi au mercredi ou jeudi. Je profite de ces quelques jours pour travailler mes chevaux à l’obstacle, affiner les détails techniques… Je monte entre 4 et 7 chevaux par jour en moyenne, en fonction de leur évolution, de leurs besoins, et de mes impératifs. En revanche, je ne m’impose pas du tout de préparation mentale ou physique particulière.

« S’adapter est la clé de la réussite »

Sur une saison chargée comme en 2014, comment gérez-vous les moments de récupérations liés aux différentes compétitions mais aussi aux différents voyages ?

Là encore, j’essaie d’être très à l’écoute des chevaux, de bien appréhender leur temps de récupération, et d’y contre-balancer la préparation dont ils ont besoin pour telle ou telle échéance. Quand on travaille avec des chevaux, il faut permanence s’adapter, et je crois d’ailleurs que c’est une des clefs de la réussite.

On sait que votre région d’origine, la Normandie, est une région où le cheval est très important. Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi l’équitation alors que vous n’étiez pas issue de ce milieu ?

La passion tout simplement, je n’y vois pas plus d’explication ! Comme beaucoup d’autres jeunes, je suis tombée amoureuse des animaux et des chevaux en particulier lorsque j’étais toute jeune. Cette passion n’a jamais cessé de m’animer. Le fait que je sois là aujourd’hui est dû à un cocktail de motivation, de persévérance, de belles rencontres….

Pourquoi avoir choisi le saut d’obstacle parmi les nombreuses disciplines de l’équitation alors qu’on l’a bien vu récemment sur Equidia, vous en maîtrisez plusieurs ?

Je ne dirais pas que j’en maitrise plusieurs ! Je monte à cheval depuis longtemps, et à haut niveau donc bien sûr j’ai des bases techniques qui peuvent s’appliquer à d’autres disciplines ! Mais c’est le saut d’obstacles qui me faisait vibrer, tout simplement, probablement pour les sensations qu’il procure.

Auprès du grand public, l’équitation est souvent considérée comme un sport « de filles ». Pour les connaisseurs, c’est un sport mixte où ce sont des hommes qui trustent les première places des classements. C’est difficile pour une femme d’y faire sa place ?

On me pose sans cesse cette question… Les mentalités ont changé, on voit de plus en plus de femmes à haut niveau et on leur fait de plus en plus confiance, depuis pas mal d’années déjà. Je ne suis pas la première. De part leur physique, les femmes ont certainement une façon de monter plus légère, moins par la force que certains hommes, qui peut correspondre mieux à certains chevaux. Aujourd’hui, je me sens parfaitement bien intégrée au haut niveau, par les hommes comme par les femmes. Puisque notre sport est mixte, je suis simplement un cavalier comme les autres finalement. Ce qui change, c’est plutôt qu’à un moment ou un autre de leur vie, pas mal de femmes entendent à privilégier leur vie personnelle, à devenir maman… Et c’est là que bien souvent cela met un frein à leur carrière, mais ce n’est pas une science exacte, j’en suis la preuve !

Nous savons que désormais votre fille cherche à prendre votre relais. Comment l’aidez-vous à appréhender l’apprentissage de l’équitation et la compétition ?

Eden a 10 ans, elle est passionnée, elle monte en compétition, et bien sur elle aimerait faire « comme maman » mais il est un peu tôt pour dire qu’elle cherche à prendre le relais !! J’essaie qu’elle monte dans les meilleures conditions possibles bien sûr, parce que c’est ce que toute maman ferait pour son enfant. Je lui trouve de bons poneys, elle monte dans des installations confortables et bien encadrée… Le plus important pour moi, c’est qu’elle prenne du plaisir. Mais je tiens aussi à ce qu’elle soit rigoureuse, dans son équitation comme dans l’attention qu’elle porte à son poney. Je ne supporterais pas qu’elle n’en prenne pas soin, un poney n’est pas une mobylette !

Seriez-vous prêtes à la suivre, l’encourager et la soutenir si dans le futur elle choisissait la même voie que vous ?

Ce que je veux, c’est qu’elle soit épanouie et heureuse, peu importe dans quelle voie. Alors j’essayerai toujours de l’aider et la conseiller au mieux, quoi qu’il arrive, mais je pourrais aussi me charger de lui remettre les pieds sur terre si besoin.

Comment vivez-vous cette double casquette de sportive de haut niveau et de maman ?

Aussi bien que possible ! J’ai la chance d’être bien entourée, mes parents et le papa d’Eden s’occupent d’elle quand je ne suis pas là, et je passe tous mes débuts de semaine avec elle. Elle me manque énormément mais c’est comme cela depuis toujours, alors je crois qu’on a « pris le rythme », trouvé notre équilibre, elle encore plus que moi !

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