mardi 16 juin 2015

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France-Colombie : l’analyse tactique

Les observateurs sont catégoriques : la France va gagner sa rencontre contre la Colombie et se qualifier pour la suite de la Coupe du Monde 2015. Or, le football n’est pas une science et plutôt taquin. Samedi 13 juin 2015 est une date qui fera date en Amérique du Sud. Les Colombiennes sont venues à bout des filles de Philippe Bergeroo (0-2) avec envie, pugnacité et solidarité. Retour sur le match en 3 points.

Colombia, c’est fort en chocolat

Pour commencer la Coupe du Monde 2015, la France s’est imposée contre l’Angleterre (1-0) avec une maîtrise collective rassurante. Dès lors, il est peu surprenant d’envisager le même 11. Erreur. Bergeroo n’a pas hésité à inter-changer deux éléments tout en gardant son fameux 4-4-2. Amandine Henry, resplendissante contre les Anglaises, reste sur le banc. Rappelons que la milieu défensive a un genou récalcitrant, le synthétique n’aide pas. C’est donc Elise Bussaglia qui la remplace. Un profil plus reculé et surtout l’ex-parisienne n’est pas une joueuse d’impact. « C’est la Pirlo de cette équipe française », comme le dit Denis Balbir, commentateur sur W9. Sur l’aile droite, Kenza Dali prend la place d’Elodie Thomis. Cette dernière n’avait pas été spécialement en verve lors de la 1re rencontre. La Parisienne est une remplaçante plus qu’honnête et son profil semble s’intégrer parfaitement au jeu tricolore basé sur la possession.

En face, la Colombie est organisée en 4-5-1 avec souvent une sentinelle en phase défensive afin d’éviter les décrochages de Gaëtane Thiney et Eugénie Le Sommer. Puis surtout, les Cafetaras savent très bien que les ailières françaises (surtout Louisa Nécib) aiment dézoner dans l’axe. 28e au classement mondial, les Sud-Américaines sont en constante progression. En 2010 et en 2014, les joueuses de Ricardo Rozo ont fini secondes de la Copa America. La Coupe du Monde 2015 est leur deuxième participation à la phase finale d’un tel événement. La première remonte à 2011 en Allemagne et une élimination dès le 1er tour. Mais, la Colombie a de l’expérience et du talent à revendre. Lors du match nul contre le Mexique (1-1), les Cafetaras ont démontré leurs qualités : finesse technique, jeu rapide et direct, intelligence de jeu.

L’objectif est différent contre la France. Comme les autres équipes plus faibles que les Bleues, la Colombie a mis en place un gros bloc axial. Un 4-5-1 avec une sentinelle sur certaines occasions. L’idée est de bloquer le jeu tricolore pour mieux contre-attaquer. À l’aise techniquement, la Tricolor n’hésite pas à chercher la profondeur dès qu’elle a le ballon. Lady Andrade et Yoreli Rincon se chargent du reste. Pourtant avant l’ouverture du score, la France domine outrageusement. Ayant la possession du cuir, les filles de Philippe Bergeroo cherchent la bonne passe, la brèche. Alors que le jeu avait penché à droite contre l’Angleterre, il penche de l’autre côté contre la Colombie. Pourquoi ? Louisa Nécib. Discrète lors de la première rencontre, la joueuse de l’OL est de partout. Elle dézone souvent dans l’axe et laisse son aile à Laure Boulleau. Elle en devient parfois un brin bouillonne et marche sur les plates-bandes de ses coéquipières. Attention.

Pourtant, les grosses occasions sont peu nombreuses. La Colombie défend bien, la gardienne est en grande forme. Mais surtout, il manque encore de la précision dans la dernière passe. Plusieurs fois, les joueuses offensives sont proches de faire trembler les filets adverses. En tout, la France va tirer 21 fois au but pour seulement 6 frappes cadrées durant la rencontre ! Comme sous Bruno Bini, la France manque de précision devant les cages. Gaëtane Thiney et Eugénie Le Sommer décrochent pour faire tourner le cuir, mais frappent trop peu souvent au but. Avec un bloc regroupé, les Tricolores cherchent la profondeur, mais la défense centrale colombienne est rapide, tout comme les latérales. Fin de la mascarade. Kenza Dali ou Louisa Nécib tenteront bien d’amener le danger, mais elles sont soit contrées, soit elles ne font pas le bon choix.

Camille Abily en 6 ?

Le milieu français est fort. Camille Abily, Amandine Henry, Elise Bussaglia voir Kheira Hamraoui, ça fait baver. Sauf que l’utilisation de chacune est surprenante. Pendant près d’une mi-temps, on verra trop peu la premère. La leader de l’entrejeu français est basse, trop même. Au contraire, Elise Bussaglia joue parfois en 8 ! Ce n’est pas son poste. Lorsque Camille Abily monte d’un cran, le jeu français est soudainement plus limpide. Plusieurs fois, elle va faire la différence avec une transversale pour Laure Boulleau ou lancer Eugénie Le Sommer dans la profondeur.

Il manque une leader dans cette équipe et Camille devrait être celle-ci. Bien que Louisa soit à l’aise techniquement et centralise le jeu, il faut une fille qui mette le pied et apporte toute sa hargne. Depuis 2011, on cherche cette joueuse qui changera le dénouement d’une rencontre lorsque les Bleues sont en mauvaise posture. Qui prendra ce rôle ? Si ce n’est pas Camille Abily, Amandine Henry pourrait être ce bulldog qu’on recherche tant.

La Colombie, exemple à suivre

La victoire de Colombie peut paraître chanceuse. Une main non sifflée, des occasions ratées, des Tricolores qui doutent. Pourtant, la seconde période est très équilibrée. La France a un statut à assumer. Tous leurs matchs sont épiés et les équipes savent s’organiser. Pour arriver à leur fin, les Cafetaras appuient là où ça fait mal. Les latérales françaises sont hautes ? Jouons dans leur dos. Tout au long de la rencontre, les attaquantes colombiennes vont dézoner sur les ailes pour trouver des solutions. Surtout dès que le ballon est maîtrisé dans l’entrejeu, les Sud-Américaines n’hésitent pas à abuser du jeu long et de la profondeur. La défense française est gênée par la vitesse de leurs adversaires et ça se ressent.

Outre l’aspect offensif, les comparses de Nataly Arias (excellente latérale droite) font preuve d’une solidarité exemplaire. Lorsqu’une coéquipière est dépassée, une autre arrive pour prêter main forte. Au milieu de terrain, elles sont souvent deux à faire le pressing sur la porteuse de balle tricolore. Les Colombiennes veulent éviter à tout prix que les Françaises posent le jeu en leur imposant de l’impact. Au final, elles ont su jouer le coup parfaitement. Cette victoire est une juste récompense. Quant aux Bleues, il faut se concentrer rapidement sur la suite en évitant de tomber dans le mélodrame. Ah oui, le Mexique sait jouer au football…

Par Charles Chevillard

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