samedi 17 août 2013

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Marion Bartoli l’atypique

Marion Bartoli

La numéro un française, Marion Bartoli a annoncé à la grande surprise sa retraite, quelques semaines après son titre à Wimbledon. Une décision mûrement réfléchie d’une joueuse qui a toujours su cultiver son indépendance et tirer profit de ses différences.

Ce 14 août 2013, Marion Bartoli vient de perdre son match contre Simona Halep au deuxième tour du tournoi WTA de Cincinnati. En conférence de presse elle lâche, en larmes, cette phrase à laquelle personne ne s’attend. « C’était le dernier match de ma carrière ».  Il y a six semaines, pourtant, la numéro un française remporte le tournoi de Wimbledon. Son premier et dernier tournoi du Grand Chelem, son « Graal » comme elle dit. A ceux qui évoquent un craquage, un pétage de plombs ou un simple coup de tête, Marion réfute. Les raisons sont réelles. «Mon corps n’arrive plus à tout supporter».

La décision de Bartoli intervient deux semaines avant l’US Open, dernier tournoi du Grand Chelem de la saison sur lequel elle fondait, il y a quelques semaines, de grands espoirs. Après sa première victoire en Grand Chelem, Marion confiait aussi son souhait de briller dans les tournois à venir. Cet arrêt soudain, personne ne l’avait vu venir. Personne non plus n’avait vu la joueuse en finale de Wimbledon. Tout au long de sa carrière, Marion Bartoli aura surpris. Entre décisions impulsives et contradictions, cette acharnée de la balle jaune au fort potentiel n’aura finalement jamais rien fait comme les autres.

Hors des sentiers battus

Marion Bartoli a un parcours atypique, hors des parcours formatés par le milieu fédéral. Elle commence le tennis à six ans, près du Puy-en-Velay, entraînée par son père. Walter Bartoli est médecin de profession. Il arrête son métier pour se consacrer à la carrière de sa gamine. Entre eux se construira une relation de connivence. Dès ses débuts sur le circuit WTA, Marion se fera remarquer par ce lien particulier qu’elle entretient avec Walter. A l’entraînement, ils font tout ensemble et ramassent eux-mêmes les balles. Leur lien fusionnel deviendra presque un frein à une carrière en bleu. Pendant huit ans, Marion refuse en effet de jouer pour l’équipe de France de Fed Cup. La raison ? Elle ne veut pas se séparer de son père, qui n’a pas le droit de l’accompagner.

Un QI de 175

Joueuse travailleuse, Bartoli est aussi une surdouée à l’école. Elle s’exprime dans un anglais parfait et possède un QI de 175. Elle l’utilisera la priorité des études pour justifier le fait d’avoir percé tard. « Je n’avais pas le projet d’être professionnelle jusqu’à ma victoire à l’US Open juniors à 17 ans. J’avais plus de facilité à l’école qu’en tennis ». La joueuse estime aussi qu’elle n’était a priori « pas faite pour le haut niveau » et qu’elle a du faire « plus de sacrifices que les autres » pour atteindre les sommets du tennis mondial. Pour Walter Bartoli, il s’agissait de faire du potentiel physique de Marion une arme redoutable, de transformer son physique non filiforme en avantage. Parmi les séances d’entraînement, cette image surréaliste de Bartoli à l’US Open en 2012. Pieds attachés par un élastique très tendu, la jeune femme tente une technique étrange, dans le but d’améliorer son jeu de jambes et son placement.

La pile électrique

Sur les courts, Marion Bartoli se fait remarquer. Elle attire les regards par sa manière de tenir sa raquette, à deux mains des deux côtés, comme Monica Seles, une de ses idoles. Marion l’avait vue faire à Roland-Garros, en 1992, lors de sa finale contre Steffi Graf. Mais le plus intriguant n’est pas sa technique de jeu. Entre deux points, elle gigote, tire des coups dans le vide, serre le poing, et sautille. Plus jeune, elle s’entraînait sur un court sans recul derrière le fond de court. Cela explique sa position très en avant lors des retours de service. Le comportement de Marion sur le court avait le don d’énerver ses adversaires. Elle avait d’ailleurs très peu d’amies sur le circuit, hormis sa coéquipière de Fed Cup Kristina Mladenovic.

« Peut-être pas assez blonde »

Durant sa carrière, Marion Bartoli a souvent été l’objet de moqueries physiques. Juste après le sacre de Wimbledon, le journaliste sportif britannique John Inverdale ironise sur le physique de la joueuse. « Pensez-vous que le père de Bartoli lui a dit quand elle était petite ‘Tu ne seras jamais un canon, tu ne seras jamais une Sharapova, donc tu dois t’accrocher et te battre’? » Jusqu’en novembre 2011, Bartoli restera également sans sponsor. Pas assez vendeur de l’avoir comme égérie. Elle signera finalement avec Lotto. Avec son mètre 73 et ses 63kgs, la septième joueuse mondiale est consciente de ne pas avoir les mensurations d’un mannequin. Cependant, elle semble faire fi des railleries et se complaire dans le rôle de la sportive bosseuse qui transforme des handicaps en atouts. « J’invite ce journaliste à venir me voir ce soir au bal en robe et en talons et à mon avis, je pense qu’il peut changer d’avis. »

Marion Bartoli restera dans les mémoires des gens, non pas comme la joueuse la plus talentueuse, mais comme une véritable bosseuse. Le tennis mondial se souviendra d’elle comme d’une joueuse ayant su faire de ses différences des qualités. Cet acharnement, ce travail permanent et cette motivation lui ont permis de se hisser dans le top 10 et de remporter le Wimbledon de ses rêves. Après huit titres dont un en Grand Chelem et 11 finales dont une en Grand Chelem, elle tire sa révérence. Le lendemain de son annonce, le 15 août 2013, était l’Assomption et la Sainte-Marion. Le premier jour de sa nouvelle vie.

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