mercredi 15 août 2012

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Gruda : « Les Braqueuses n’ont pas déçu »

Sa voix éraillée en témoigne : Sandrine Gruda, 1m93 de gentillesse, a fêté comme il se doit la médaille d’argent que les joueuses de l’équipe de France de basket ont rapporté des JO de Londres. « On est sur un petit nuage. C’est vraiment que du bonheur. On a aussi ce sentiment de bien –être, de légèreté qu’on recherche », déclare l’intérieur des Bleues à l’occasion d’un rendez-vous avec la presse qui se tenait mardi après-midi dans un grand hôtel parisien. Des étoiles plein les yeux, elles revient sur son expérience olympique pour Femmes de sport.

On a vu l’engouement à Paris, est-ce que c’est aussi la fête en Martinique d’où vous êtes originaire ?
J’ai eu beaucoup de retours via mon père. En plus, je suis très présente sur Facebook et Twitter et on m’y laissait des messages me disant que la Martinique était derrière moi. Ça me fait super plaisir. Je ne suis pas surprise du tout, les Martiniquais me suivent beaucoup. Ils ont toujours été là. Ce sont des personnes que je n’oublierai jamais car ils sont là dans les petites compétitions comme dans les grandes et dans les moments faciles, comme dans les difficiles. Je suis une fille très authentique, humaine, terre à terre et ça, ce sont des valeurs que je n’oublie pas.

Avec cette médaille d’argent aux JO, mesurez-vous le chemin parcouru depuis votre départ de la Martinique ?
Quand vous me dites cela, j’en ai la chair de poule. Je viens de loin. Au début, il y a eu beaucoup de sacrifices. Je me vois quand je débutais, quand j’allais sur les terrains des playgrounds en Martinique, ce n’était pas forcément évident, on n’avait pas les structures comme maintenant. Aujourd’hui, je suis en équipe de France, je suis une des leaders de cette équipe. On est vice-championnes olympiques, c’est énorme, j’en ai des frissons ! Ce n’était pas évident de partir aussi jeune, à 14 ans. On devient une femme. Il y a eu plein de choses à apprendre par moi-même, il était important pour moi de grandir vite, de trouver ma propre identité.

Qu’est-ce qui a fait que ça a pris dans cette équipe de France durant ces Jeux ?
(Catégorique) Ça n’a pas pris sur ces JO, les gens ne nous suivaient pas avant. On a quand rapporté trois médailles (or à l’Euro 2009, bronze à l’Euro 2011, argent au JO, NDLR) en quatre ans, on a eu cette osmose. On existe sauf que les médias ne nous suivaient pas. Les gens ont l’impression que c’est nouveau, mais non ! On a plus de résultats que les garçons. Les gens sont surpris, car ils ne nous suivaient pas. On a le même noyau dur qu’en 2009, même si on a changé deux ou trois joueuses. Ce qui fait qu’on est dans la lumière aujourd’hui c’est qu’on était aux JO. On a profité de ces Jeux, de leur médiatisation pour nous faire connaître. Mais pour moi, on existait déjà.

« Je ne vais pas provoquer un tsunami »

C’est important pour vous cette reconnaissance médiatique ?
C’était quand même frustrant. Le basket féminin existe depuis longtemps, mais c’est en 2012 qu’on parle de nous. On se bat quand même pour une même nation et il y a même plus de choix, de sacrifices dans le sport féminin que masculin. On ne peut pas faire sans les médias. A partir du moment où on veut marquer l’histoire, fidéliser les gens, les pousser à pratiquer le basket, créer une certaine adhésion, on n’a pas le choix il faut communiquer.

Qu’allez-vous faire de cette médiatisation ?
Je vais agir comme d’habitude. Je suis une fille 100% vraie, je ne feinte pas, je suis authentique. Je ne vais pas changer ma manière de penser, de parler, d’agir. Je vais rentrer en Russie comme d’habitude, vaquer à mes occupations comme d’habitude et faire mon championnat comme d’habitude. Je serai la même, je ne suis pas quelqu’un qui prend la grosse tête. S’il y a des sollicitations, je vais y répondre, mais je ne vais pas provoquer un tsunami (rires). Pour les gens qui nous regardent, j’espère que ça va créer une fidélisation pour l’Euro 2013 car c’est important. On le fait pour nous et pour les générations qui arrivent.

Quelle est l’image de la quinzaine qui vous a le plus marquée ?
(Elle réfléchit) J’ai beaucoup aimé la cérémonie d’ouverture. C’est ce qui m’a vraiment marquée et qui m’a fait comprendre que les Jeux commençaient. Et puis, je ne m’attendais pas à cette solidarité dans le groupe France. On ne se connaissait pas. Même au niveau des basketteurs, on ne s’était jamais rencontrés. Se retrouver-là, dans un même bâtiment en essayant de viser ces médailles d’or, on étais tous là pour le même objectif.

« Ca fait plaisir d’être associées aux Experts »

C’est cette solidarité que l’on a retrouvé sur la pancarte « Pour nos gars » que vous avez sortie après votre victoire en demi-finale contre la Russie (81-64) ?
Exactement. On a créé des liens, du coup quand ils se sont faits éliminer en quart de finale contre l’Espagne, on était dans les gradins, on était déçu aussi, comme si on jouait. C’était fort. Certains sont restés voir notre demie et notre finale. Pour nous c’était la moindre des choses de rester et de faire un petit signe à leur égard. Et puis il y a eu aussi les handballeurs qui ont un palmarès énorme, qui marquent l’histoire qui sont des légendes à mes yeux : ce sont des gens qui sont super simples. Ils sont super accessibles, adorables. On sent l’expérience, la maturité, ils savent de quoi ils parlent. J’ai discuté avec Didier (Dinart, NDLR) ou même avec Titi Omeyer, ils ont suivi notre parcours. Ils ont beaucoup d’expérience dans le sport et j’aime beaucoup ça.

Pensez-vous que l’attitude des joueurs de l’équipe de France de football durant l’Euro et le rejet du public qui s’est ensuivi a joué en votre faveur ?
Les gens ont adhéré par rapport à ce qu’on dégagait. La France aime les Jeux Olympiques. La France n’a pas cette culture du sport mais elle suit ses sportifs. Il y a eu une comparaison par rapport à l’attitude. Les footballeurs ont déçu, les Experts, les Braqueuses, n’ont pas déçu (rires). Je ne jette la pierre à personne, mais moi, en tant qu’athlète, c’est vrai qu’il y a des choses que je ne conçois pas. Je ne comprends pas qu’à ce niveau-là de compétition, dans le foot, qui est quand même la vitrine du sport français à l’heure actuelle il puisse y avoir de tels comportement. Ils sont plus médiatisés, ils ont peut-être plus de pression mais il faut penser aux gens qui regardent, aux investissements qui ont été faits sur nous. C’est important de faire son job du début à la fin car celui-ci ne s’arrête pas sur le terrain de basket ou de football.

Les Braqueuses, c’est un surnom qui vous convient encore ?
(Sans hésitation). Non ! Mais si je dis autre chose, les gens ne vont pas savoir de qui je parle. On n’a pas trop le choix. Cela ne me convient pas, mais cela ne me dérange pas non plus. Ce n’est pas méchant. Je ne sais pas ce qui serait mieux. J’ai reçu de nombreux tweets, avant qu’on arrive à la Gare du Nord. On m’écrivait que les Experts et les Braqueuses étaient attendus sur les Champs. Ca fait plaisir d’être « associées » aux Experts car nos handballeurs sont énormes.

Rendez-vous à Rio dans quatre ans ?
J’aimerais bien aller à Rio. L’avenir nous le dira.

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