lundi 3 décembre 2018

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Diandra Tchatchouang : « On en a marre des médailles d’argent. »

De passage à Paris pour une opération avec son équipementier, Diandra Tchatchouang nous accordé une interview pour parler de son nouveau club, Lattes-Montpellier, mais aussi de son expérience aux Etats-Unis et de ses objectifs avec l’Equipe de France en 2019 : le titre européen après 3 finales consécutives perdues.

Lattes-Montpellier effectue un bon début de saison, comment vous l’analysez ?

Oui c’est vrai. Les objectifs du club sont élevés avec le projet de gagner la LFB. Il y a des moments plus ou moins compliqués. Notamment hier avec une grosse défaite à Villeneuve d’Ascq (98-68) mais ce n’est pas terminé, on va se remettre au travail pour la deuxième partie de saison.

Vous avez quitté Bourges pour le BLMA alors que vous gagniez déjà avec les Tangos. Qu’est-ce qui vous a motivé pour venir dans l’Hérault ?

En fait, j’avais envie de voir autre chose. Pas seulement au niveau basket, au niveau de la vie aussi. J’ai été contacté par le club de Montpellier avec un projet qui me paraissait intéressant et où je rejoignais des filles avec qui j’avais déjà joué. Et au-delà de la volonté de se retrouver entre amies, il y a la volonté de faire quelque chose ensemble. Ce que nous proposait le club nous a séduit et maintenant on est là, on y est. Il faut un peu de temps pour que la mayonnaise prenne, qu’on retrouve certains automatismes, qu’on retrouve aussi une certaine forme physique après les enchaînements de compétitions que l‘on a eu avec l’équipe de France cet été puis avec la trêve internationale en novembre. Mais on regarde droit vers les objectifs.

Sans entrer dans les détails, est-ce que le départ de Rachid Méziane du projet a eu un impact ? Et est-ce que les méthodes de travail avec son remplaçant qui était son adjoint au départ ont changé ?

Ce serait mentir de vous dire que ça nous a pas mis un coup au moral ou que ça nous a pas impacté. On connait bien Rachid car il est dans le staff de l’équipe de France et c’est lui qui nous a présenté le projet de départ donc forcément ça nous touche. Maintenant en tant que joueuse et en tant que professionnelle, on se doit de faire face à ça et de rester pro en donnant le maximum sur le terrain. Même si c’est un évènement marquant pour nous, on ne peut pas se laisser abattre, il faut continuer à aller de l’avant et surtout qu’on évite le genre de mauvaise performance comme hier contre Villeneuve d’Ascq.

Vous qui êtes depuis quelques années en Ligue Féminine de Basket, sentez-vous aussi que chaque année les équipes se renforcent et que c’est un championnat de plus en plus dur ?

Oui j’ai vraiment l’impression qu’il y a une évolution positive. La LFB est de plus en plus compétitive, il y a de plus en plus de fortes joueuses étrangères qui viennent dans notre championnat. Il séduit pas mal de monde aujourd’hui, plus qu’il y a 10 ans par exemple. Je pense qu’aujourd’hui la LFB s’impose comme un des meilleurs championnats en Europe. C’est un championnat homogène, le dernier peut battre le premier. Rien ne peut être calculé à l’avance dans ce championnat et ça en fait sa beauté. Voilà par exemple : on s’est pris 30 points d’écart hier à Villeneuve, l’autre défaite qu’on a eu cette saison c’était Landerneau (NDLR : 65-62 le 27/10/2018) qui est un club promu et qui nous a battu sans aucun complexe sur leur terrain en Bretagne. Il peut y avoir des surprises à tout moment. Je pense par exemple à Charleville qui perd à La Roche sur Yon. Toutes ces surprises font la beauté de cette ligue.

Du coup avec les joutes européennes et vos saisons en équipe de France en plus, est-ce qu’on ne paie pas à un moment physiquement et mentalement le fait d’être sous pression constamment ?

C’est un rythme à prendre mais même avec ça, il a forcément des creux de temps à autre. On est habitué à lutter contre la fatigue depuis qu’on a commencé donc ce n’est pas une excuse. Après en fonction des campagnes internationales, des calendriers en club et du calendrier européen, c’est à nous d’apprendre et d’arriver à gérer certaines périodes qui peuvent être plus difficiles que d’autres.

Vous êtes originaire du 93, de Villepinte exactement, vous rêviez de quoi quand vous étiez petite ? Vous pensiez devenir basketteuse professionnelle un jour ?

Je suis née à Villepinte mais j’ai grandi à La Courneuve et c’est vrai que très petite je ne pensais pas du tout au basket. Quand j’ai commencé à y aller, c’était surtout pour être avec mes copines, me dépenser après l’école. Donc je n’avais pas du tout cet esprit de devenir basketteuse professionnelle, c’est venu au fil du temps, comme une passion. Puis je me suis fixé des objectifs, c’est ce qui a fait que j’en suis là aujourd’hui. Mais au départ non, ce n’était pas un objectif, ce n’était pas calculé.

Cela vous a amené jusqu’en NCAA, le championnat universitaire américain, qu’est-ce que ça vous a apporté en terme de jeu, de science de jeu et d’expérience ?

J’ai passé deux ans à l’université du Maryland et c’est surtout au niveau de la façon de travailler que j’ai appris là-bas. Aux Etats-Unis, le basket c’est comme le football américain, c’est une religion. Il n’y a jamais d’heures en trop, c’est toujours important de travailler constamment et ça permet de voir rapidement les fruits de son travail. Donc là-bas, j’ai appris la culture du travail, la culture de la gagne, mais surtout « travail, travail, travail ! » On a une façon différente de travailler en France mais les Américains, ce sont les plus forts au basket donc c’est mieux d’apprendre chez les meilleurs.

Aux Etats-Unis, c’est aussi important le double-cursus. Qu’est-ce que ça vous a apporté en termes d’éducation ? Qu’est-ce que vous avez trouvé de différent par rapport à la France ?

Je trouve que ce qu’ils proposent comme double projet en NCAA avec le basket plus les études supérieures, c’est unique. On ne le trouve nulle part ailleurs. Ce n’est pas donné à tout le monde non plus parce que quand tu fais ça, c’est parce que tu as une bourse d’étude donc c’est une autre source de motivation. Comme vous le disiez, c’est aussi super important le coté scolaire car sans de bons résultats, tu ne peux pas jouer. Si on est super fort dans son sport et que niveau scolaire ça ne suit pas, on est condamné à rester sur la touche donc ça fait monter au même niveau le coté scolaire et le coté basket. Je pense que c’est une super méthode pour les jeunes.

Est-ce que ça vous apprend aussi une méthodologie de travail et un bagage scolaire car on fait les deux ? Par rapport à la France ou l’éducation est peut-être des fois un peu mise de côté ?

Moi en France j’ai fait l’INSEP, et là on nous apprend que l’après carrière, en tout cas dans le basket, ça ne se fera pas dans le canapé. On ne gagne pas autant d’argent que chez les hommes et d’ailleurs mêmes les hommes de toute façon ne gagnent pas toujours assez pour ne rien faire ensuite… Dès l’INSEP, le double projet est mis en avant, il est important. Ensuite, quand je suis partie aux Etats-Unis, c’était l’Université. Donc ça veut dire que tu choisis tes études en fonction du métier que tu veux faire. Tout le monde n’a pas ce choix là effectivement et cette expérience m’a conforté dans le fait que le basket ce n’est pas éternel et que tu dois préparer l’après avant même le début de ta carrière.

Avec toute cette expérience, votre progression, et les objectifs de cette nouvelle aventure avec Lattes-Montpellier, quels sont vos objectifs plus personnels ? Quels sont les axes sur lesquels vous pouvez encore travailler ?

Tous les jours je travaille sur plein de choses différentes. Mon objectif est de servir mon équipe du mieux que je le peux. En ce moment je travaille beaucoup sur l‘individuel avec le coach, avec mon coach perso ou en salle de musculation car j’ai eu des blessures assez importantes aux genoux donc je suis obligée de m’entretenir par rapport à ça. En toute occasion, j’essaie de bosser.

Un mot sur les objectifs de l’Equipe de France en 2019 ?

On a un championnat d’Europe cette année, ça va arriver vite car c’est cet été. L’objectif fixé par et avec la Fédération Français de Basket c’est clairement le titre. Ça fait trois finale d’affilé en EuroBasket qu’on perd (2013, 2015 et 2017) et où on finit avec la médaille d’argent, donc on en a assez de ce métal, on veut l’or. Après comme d’habitude, on prendra les matchs les uns après les autres, on sera en réparation fin mai avant l‘Euro en juin.

A se côtoyer à l’INSEP en jeunes et avec les Réseaux Sociaux, les sportives se connaissent et se suivent quotidiennement. Est-ce que les résultats de handballeuses qui sont Championnes du Monde par exemple ça vous inspire ?

C’est clair qu’elles ont fait un parcours remarquable, déjà aux JO de Rio, puis après au Mondial. Là pour l’Euro en France, je pense qu’elles vont faire de belles choses encore. Donc c’est sûr que ça représente une source d’inspiration et démotivation pour nous.

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